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26 août 2010 - Mercialys labellise ses centres les plus vertueux - label V - lire l'article LSA -
Juin 2011
Lors de la catastrophe de Fukushima, Japon, nous avons tous joué une sorte de théâtre Nô. Ce drame a provoqué en nous une série d’émotions. Nous avons porté successivement les masques de la sidération, de l’indignation, du mépris et enfin de l’indifférence
La sidération
Fukushima, dans un sens, c’est pire que Tchernobyl. C’est l’irruption de l’impensable dans le réel. L’accident de Fukushima est une combinaison inimaginable d’un séisme, d’une erreur humaine et d’un tsunami.
Le séisme. Magnitude 9, c’est le plus important jamais enregistré dans l’archipel. Il provoque un arrêt de l’alimentation électrique.
L’erreur humaine. TEPCO, opérateur japonais de la centrale, reconnaît aujourd’hui qu’un de ses agents a fait une erreur de lecture du manuel d’instruction. Dans la panique, on suppose (on espère). Il a cru bon, nous dit-on, de fermer la valve du condensateur d'isolation qui maintient le cœur sous eau froide.
Le tsunami, enfin. Une heure après le tremblement de terre, une vague de 15 mètres de haut s’abat sur la centrale placée sur la côte. La hauteur maximum prévue par les ingénieurs de sécurité était de 6 mètres. Les groupes électrogènes de secours ont été noyés.
Comme le 11 Septembre, c’est l’intrusion de l’apocalypse, en direct, qui nous a sidérés. Sidérés au sens premier, celui de « subir sans défense le déchainement néfaste des évènements ».
L’indignation
Il y avait de quoi s’indigner. Après Tchernobyl et son nuage de mensonges, voilà qu’on nous servait encore un désastre nucléaire écologique qui pouvait nous affecter.
Le 12 Avril 2011, le Japon classe l’accident au niveau 7, soit le niveau le plus élevé sur l’échelle INES de la gravité des accidents nucléaires.
L’Autorité de Sûreté Nucléaire Japonaise a calculé que, dans les heures qui ont suivi l’accident, les rejets radioactifs ont été par endroit de 10 000 tera becquerels par heure – soit, pour donner une image, l’activité radioactive de 1000 tonnes de colis de déchets vitrifiés radioactifs. Et ceci par heure… un désastre, on vous dit.
Ceux qui pensaient que Tchernobyl était une leçon définitive de l’Histoire, ont compris désormais qu’elle se répéterait.
Le mépris
C’est un réflexe de protection : cela ne pourrait pas nous arriver, à nous.
Les Japonais, certes 3ème producteur d’énergie nucléaire au monde, n’ont pas la bonne technologie. Là bas, c’est de l’eau bouillante (ERB), moins simple, moins contrôlable. Et puis, ils auraient dû faire intervenir des robots, accepter l’aide des Russes et des Français, écouter leurs ingénieurs qui avaient prévenu, ne pas construire en bord de mer.
Facile.
N’oublions pas que le parc français, 58 réacteurs, avoue chaque année plus de 700 incidents ou anomalies de niveaux 1,2 et 3 – en progression régulière.
N’oublions pas que le Professeur Pellerin, ex directeur du SCPRI, Protection des Rayonnements Ionisants, est écouté par la Justice en ce moment, Mai 2011, pour sa gestion de la transparence lors de Tchernobyl sur une plainte de la CRIIRAD.
Puis vint l’indifférence.
Les images sidérantes de Fukushima avaient donné leur jus. Une fois le tsunami et les explosions muettes des réacteurs repassés en boucle, il n’y a eu plus rien à dire. D’autres sujets de sidération ont remplacé Fukushima.
Pourtant, Fukushima est un mal qui dure et qui durera.
Autour de la ville, la pollution radioactive s’étend. On en a mesuré dans l’eau courante à Tokyo, il y a quelques jours. Le gouvernement japonais demande de cesser le recueil des eaux de pluie. Et de l’iode radioactif a même été retrouvé dans le Massachussets il y a quelques jours. Pas d’inquiétude, disent pourtant les autorités.
Cette affaire de la centrale de Fukushima illustre bien notre approche collective de l’écologie.
Nous oublions que notre écosystème s’est construit sur une succession de catastrophes qui ont amené le vivant à s’adapter. Nos actions portent en elles la possibilité de notre propre désastre.
Et ceci n’est pas du théâtre.